Madelaine avant l'aube
Madelaine avant l'aube
Compte rendu de la séance de livre échange du 29 janvier 2026
Madelaine avant l’aube – Sandrine Collette
Notre première interrogation concerne la période au cours de laquelle se déroule l’histoire. Certains suggèrent le Moyen-Age, d’autres le 18e siècle. Une participante indique que l’hiver 1709 fut très froid et destructeur et suivi d’une grande famine et qu’il aurait pu servir de base au récit. Nous sommes tous d’accord pour affirmer que les personnages sont des familles de serfs. Possiblement, la région du Morvan aurait pu servir de toile de fond à ce roman. Une recherche sur Internet permet de confirmer que l’autrice a vécu dans le Morvan et que les hivers froids et destructeurs,dont celui de 1709, lui ont servi de base de travail.
Il y a un côté mythologique dans ce texte. Le Basilic représente la Mort et Ambroisie, le seigneur, l’immortalité. En effet le venin de la créature mythique le Basilic est mortel quand l’ambroisie est la nourriture des dieux.
Dès les premières pages le ton du roman est donné. Le lecteur situe l’histoire dans une période indéterminée mais ancienne avec des personnages pauvres et travailleurs, luttant pour survivre, dans un lieu lui-même indéterminé. En revanche, les prénoms utilisés apparaissent modernes. De la même façon, le combat des femmes pour leur indépendance, le respect, l’égalité, est plutôt moderne.
Le personnage narrateur du début du texte, qui se révèle être un chien vers le milieu de l’histoire, apparaît un beau personnage pour une majorité de lectrices. Il semble tout droit issu de Game of Thrones. On voit le monde dans l’œil du chien. C’est un procédé d’écriture qui conduit à envisager ce roman comme une allégorie (La mort
du roi Tsongor de Laurent Gaudé est cité).
Une lectrice rapporte le domaine d’écriture de l’autrice Sandrine Collette. Ses romans sont le plus souvent très sombres, tristes, durs. Juste après la vague est cité en exemple. Nous nous interrogeons alors sur les raisons qui ont pu pousser les lycéens à récompenser ce titre. Il nous revient alors que les lycéens ont aussi primé Triste tigre de Neige Sinno qui est aussi un texte très dur. S’ensuit une discussion sur le prix Goncourt de Lycéens qui récompense souvent, selon nous, des textes qui emportent l’émotion du public.
Madelaine, le personnage principal, est certes une personnalité sombre mais vivante, forte, hors limites, pré-révolutionnaire. Elle symbolise la cause féministe en quelque sorte. C’est le thème central de l’histoire, le fil conducteur. Nous nous interrogeons sur les origines de Madelaine : enfant volée ? enfant violée ? … Pour survivre elle se cache, elle vole, elle apprend à être insaisissable. C’est la guérisseuse qui va la recueillir puis la sœur sans enfants.
A ce stade nous discutons des sœurs jumelles qui sont aussi héroïnes de roman. Bien qu’elles paraissent plus effacées dans le récit, elles représentent la maternité et ses inégalités. L’une des sœurs a trois enfants, l’autre ne peut pas en avoir et c’est elle qui recueillera Madelaine. Deux protagonistes importantes notamment à la fin de l’histoire par la sororité qu’elles démontrent.
Revenant à Madelaine et sa hache qu’elle manie avec virtuosité, nous observons qu’à la fin elle n’hésite pas à sacrifier les autres en dévoilant le crime qu’elle a commis. Ses frères sont alors assassinés. Comment interpréter ce retournement alors que la survie de Madelaine est étroitement liée à l’hospitalité de la famille sacrifiée ?
Elle part en exil. A-t-elle l’espoir de revenir un jour ? d’aider les autres ? Il n’y a aucune indication dans le texte. C’est un roman noir.
Un autre moment du récit nous a frappés. C’est la description très réaliste et effrayante de la mort causée par le tétanos. Toutes les lectrices ont été bluffées par les termes employés qui font imaginer l’atrocité de cette agonie. Un passage très fort du roman.
Un lecteur s’étonne que les paysans ne disposent pas d’araire. Cet outil était inventé depuis plus de 6000 ans déjà. Y a-t-il un problème de cohérence dans la temporalité du récit ? L’ensemble des lectrices rappelle que de nombreuses références temporelles très diverses ponctuent le texte et qu’il ne faut donc pas s’étonner d’éventuelles incohérences apparentes.
Nous discutons alors du travail des enfants. Jusqu’au début du 20e siècle les enfants travaillent dès 10 ans. Il faut mesurer le privilège qui est le nôtre de pouvoir leur épargner cela aujourd’hui. De la même façon autrefois la température dans les maisons était plus proche de 14°C que des 19°C recommandés aujourd’hui. Elle pouvait atteindre 17°C dans les familles nombreuses occupant un petit logement. Nous échangeons ensuite sur les conditions de vie d’il y a quelques siècles, selon ce que l’on en connaît.
Les animaux sont aussi des personnages à part entière dans l’histoire. Le cheval joue un rôle majeur d’aide. Les poules et les cochons ont une vocation alimentaire. Le chien à un rôle d’alerte et de défense. D’ailleurs la mort du chien est vécue par les villageois comme un affront supplémentaire de la part du châtelain. Madelaine tuera le cerf pour survivre et le seigneur par révolte. Elle ose. Elle est la seule qui ose. Cela évoque le roman de Rosa Ventrella La liberté au pied des oliviers. Les héros sont purement dans la survie. Les textes de Marie-Hélène Lafon sont aussi mentionnés notamment Joseph et Hors champs. Nous tenons ensuite des échanges fournis sur la mortalité infantile et son évolution dans le temps puis sur la mortalité en couche et la souffrance des femmes.
Les lecteurs et lectrices ont aimé ce livre à la belle écriture. Une écriture poétique et lumineuse pour décrire des moments noirs. La comparaison avec l’écriture de Franck Bouysse dans Né d’aucune femme est faite. C’est une écriture presque cinématographique. Sandrine Collette nous manipule avec des mots. Elle transmet des émotions fortes presque violentes. On ne veut pas que Madelaine meurt. Elle représente la liberté, le social. Elle cherche le contact. Les femmes et la révolution –1770-1830 de Christine Le Bozec est cité. Une lectrice considère ce roman comme une dystopie. Est-ce une caractéristique des livres de Sandrine Collette ?
Nos échanges se portent alors sur les films tirés de romans. Une lectrice rapporte une anecdote. A la sortie d’une projection d’un film de Tintin elle demande à sa fille :« Alors tu as aimé ? » Réponse : « Bien mais le Capitaine Haddock n’a pas la même voix que dans les livres. ». La vérité sort de la bouche des enfants dit-on. Nous évoquons Là où chantent les écrevisses de Delia Owens avec des impressions mitigées. D’autres lecteurs rapportent que Shining est très fidèle au roman de Stephen King. Un lecteur indique que le film Le mage du Kremlin est à voir.
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