La panthère des neiges
La panthère des neiges
Compte rendu de la séance de livre échange du 16 mars 2023
La panthère des neiges – Sylvain Tesson
Les premiers échanges portent sur la forme du récit. D’un commun accord nous considérons que l’écriture est belle et poétique. Pour certains, le style est apparu un peu pompeux. Plusieurs lectrices indiquent avoir eu des difficultés avec le vocabulaire. En effet, l’auteur empreinte des mots à la géographie, à l’architecture, à la mythologie … etc. et il arrive que ces vocables soient difficiles à comprendre sans dictionnaire. Ainsi ce livre est-il beau mais difficile d’accès. Aussi sommes-nous très divisés dès lors que nous essayons de trancher sur la question : avons-nous aimé le livre ? Quelques-uns oui, plusieurs (les plus nombreuses) non et quelques autres restent partagés, dubitatifs.
Une participante ayant apporté la version illustrée du roman, nous sommes unanimes à considérer que les reproductions photographiques apportent énormément d’attrait au livre. Le lecteur reste figé d’émotion devant la beauté des photographies. Durant tous nos échanges, le document est passé de main en main, chacun s’émerveillant devant telle ou telle image. Il est avéré que les photographies constituent un complément essentiel au document, voire sont l’intérêt du document. Avec elles, on peut se demander si le texte retient l’attention ou s’il n’est au contraire que secondaire. En tout état de cause, chacun est reparti avec des images plein la tête à la fin de notre rencontre.
Des participantes qui ont écouté divers entretiens de l’auteur avec des journalistes estiment que ce livre correspond bien à l’homme tel qu’il apparaît à travers ses propos. On ne peut rester indifférent , soit il rebute, soit on l’admire.
En matière de contenu, la plupart d’entre nous l’ont trouvé très philosophique. Pour certaines participantes ceci s’explique par les conditions du voyage. Sylvain Tesson est invité à se joindre à une expédition photographique, ce qu’il accepte ; mais il n’a pas choisi la destination ni les conditions du voyage. C’est un défi par rapport à sa vie habituelle car il s’agit pour l’essentiel du temps passé, d’attendre en silence et dans l’immobilité. De plus, il se trouve de fait sous l’autorité du couple de photographes car il ne connaît pas suffisamment la vie animale ni les conditions de la chasse photographique pour adopter les bonnes attitudes spontanément. Si l’on ajoute que tout le périple se déroule dans des conditions très difficiles à cause du froid et de l’altitude, on peut comprendre que l’esprit se laisse aller à la philosophie quand le corps est maintenu longtemps dans l’inaction.
Les longs développements philosophiques sont loin de faire l’unanimité parmi nous. Certains trouvent cela fastidieux, d’autres sont plutôt intéressés. L’auteur parle souvent de religion. Il en fait d’ailleurs un inventaire aussi fascinant que roboratif. Des participantes font observer que l’approche des religions telle qu’elle est présentée reste essentiellement philosophique et non prosélyte.
Son approche du monde animal est essentiellement anthropomorphe, ce qui choque un lecteur (qui considère que les animaux ne sont pas cruels), alors que le photographe développe surtout une approche naturaliste. On retrouve cette considération naturaliste du monde vivant dans le livre de Délia Owens « Là où chantent les écrevisses ». Quant à l’anthropomorphisme il est beaucoup plus répandu.
En ce qui concerne le genre humain, l’auteur semble déplorer le progrès et rechercher davantage l’isolement et la méditation. Il considère l’être humain comme un tueur alors qu’il est avant tout un prédateur. Les participants s’interrogent, autour de ces réflexions, sur le rapport que l’auteur entretient avec le monde. Nous observons en outre que le récit ne parle pas des personnes rencontrées bien que le groupe soit hébergé par des habitants du plateau tibétain qui leur procure aussi de la nourriture. Ce silence sur les populations locales ne laisse pas d’étonner. Nous observons également que le texte ne contient pas ou très peu de dialogues, d’échanges entre les personnages. Il ne reste donc principalement que la pensée intérieure. Les paysages, dans les passages descriptifs, sont très habilement décrits et donnent bien à imaginer ces immensités glacées que les photographies viennent conforter. Et seul le texte permet de sentir la force et la froidure du vent.
Ce livre est assez nettement différent de ceux que nous avons l’habitude de lire. Il rappelle d’autres textes de voyage que certaines d’entre nous ont lu, comme :
• Je bois le vent de Gésine Auffenberg qui a traversé le Soudan,
• Voyage d’une parisienne à Lhassa de Alexandra David-Néel qui a passé beaucoup de temps à travers le Tibet au début du vingtième siècle.
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