Bakhita
Bakhita
Compte rendu de la séance de livre échange du 30 mai 2018
Bakhita – Véronique Olmi
Les participants ont trouvé ce livre très dur et en même temps très attachant : on n’en arrête pas la lecture. Le style en est simple et fluide. L’histoire est traitée avec énormément de pudeur, ce qui permet de poursuivre la lecture malgré le dégoût que l’on peut éprouver à lire certaines scènes. Des phrases longues donnent une atmosphère pesante, probablement voulue par l’auteure.
Véronique Olmi a écrit ce roman biographique sur la base d’un document écrit en Italie au début du 20e siècle par une institutrice qui a écouté Bakhita raconter son histoire. Elle s’est également appuyée sur des témoignages de sœurs qui ont côtoyé Bakhita. V. Olmi indique dans une interview qu’elle a dû écrire 4 fois la première partie avant de trouver la forme et le style qui convenaient à une telle histoire : un esclave n’a plus de passé et pas d’avenir, il fallait donc écrire au présent, cela peut paraître simple mais ne l’est pas.
La vie de Bakhita est une histoire remplie de cruautés et parsemée de moments très beaux, très poétiques. Les participants mentionnent à plusieurs reprises le passage où Bakhita est aux cuisines du couvent et elle s’occupe des enfants, passage empreint d’une très grande humanité et d’une très grande émotion, qui les a beaucoup marqués.
Dès le début, on perçoit l’importance et l’omniprésence de la mère de Bakhita et l’on est surpris et gêné par le sentiment de culpabilité qui envahit Bakhita après son enlèvement. Les participants discutent cet aspect par rapport à l’attitude des enfants (Bakhita a 7 ans lors de son rapt) et rappellent qu’aujourd’hui aussi on kidnappe de jeunes enfants avec, apparemment, une étonnante facilité : 150 ans se sont écoulés et les méfaits demeurent.
La biographie comprend nettement deux parties. Dans la première, Bakhita est kidnappée et utilisée comme esclave. Cette partie est violente et empreinte d’une grande cruauté… et pourtant nous savons que Bakhita n’a pas tout dit lorsqu’elle a raconté son histoire. Cela donne à réfléchir. Il est observé d’ailleurs que dans la zone soudanaise où se déroulent ces faits, on n’hésite pas, encore aujourd’hui, à réduire en esclavage les migrants qui arrivent d’Érythrée ou d’Éthiopie ou d’ailleurs (selon les informations communiquées par les médias).
La seconde partie se déroule en Italie et elle interroge beaucoup les lecteurs. Comment imaginer que dans un pays où l’esclavage est aboli, il faille un procès pour déclarer qu’une personne est libre ? Toute la description de cette période met plutôt le lecteur mal à l’aise. L’église n’avait rien d’autre à proposer ? Où est l’amour du prochain ? En contrepartie, on observe que le système, aussi bien politique que religieux, s’approprie la vie et l’histoire de Bakhita pour en tirer le meilleur profit possible. Tout cela interroge fortement certains lecteurs. Cette seconde partie, pour être plus humaine, n’en suggère pas moins une forme de cruauté insidieuse qui peut déranger.
En fin de rencontre, les lecteurs se posent la question : et si Bakhita avait été blanche, aurait-elle été traitée de la même façon ? Quelle est l’importance de la couleur de peau dans le comportement des individus ?
En somme, ce roman attachant et dur renvoie quelques questions fondamentales vers le lecteur. En ce sens, il peut être dérangeant. Son écriture est simple et belle, juste ce qu’il fallait pour raconter une vie aussi difficile marquée par la cruauté des hommes.
Au cours de cette séance, les participants ont également échangé sur la lecture sur papier ou sur tablette. En effet, plusieurs avaient utilisé la tablette pour lire Bakhita. Tout le monde s’accorde pour reconnaître que l’on peut lire aussi bien sur tablette que sur papier. En revanche, nous avons pour la plupart pris l’habitude de « noter » des passages, des paragraphes qui nous semblent importants ou encore des citations, et là, le grand défaut de la tablette est qu’elle ne permet pas de noter ces pages ou paragraphes. Ce serait une innovation bienvenue que d’inclure cette possibilité dans les logiciels qui gèrent la lecture sur tablette.
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