Patients
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Compte rendu de la séance de livre échange du 16 janvier 2020
Patient - Grand Corps Malade
Nous commençons par écouter « 6e sens », le slam de Grand Corps Malade qui figure en avant-propos du roman « Patient ». Les participants ont bien aimé le livre et particulièrement apprécié les deux textes de slam qui l’introduisent. Ces poèmes résument bien ce qui est ensuite décrit dans le document.
Ce livre, davantage livre documentaire que roman, traite du handicap vécu de l’intérieur par la personne handicapée elle-même.
Certaines lectrices ne retrouvent pas dans le texte la poésie de l’écriture des textes de slam. L’intention est différente entre le roman et le poème de slam. Il est donc logique que l’écriture en soit différente. Elle est simple, directe, efficace. Ceci n’entache d’ailleurs en rien la qualité du récit dans lequel le lecteur plonge dès les premières phrases pour n’en ressortir que la dernière ligne lue. En effet, pour beaucoup d’entre nous, l’histoire a eu un attrait très fort. Pour d’autres en revanche, bien que très intéressées, elles ont dû s’interrompre régulièrement tant les termes du document leur faisaient ressentir la douleur, voire l’angoisse du patient. En cela le document peut apparaître comme un texte difficile (psychologiquement) pour le lecteur, la lectrice. Nous avons tous noté l’humour présent d’un bout à l’autre de l’histoire. Il vient à la fois dédramatiser des situations très délicates tout en soulignant l’importance de ces situations. Cet humour constant contribue à la délicatesse et à l’intérêt de la narration. Celle-ci peut aussi rappeler des souvenirs à celles ou ceux qui ont vécu des situations similaires comme l’a rappelé une lectrice.
On peut donc dire sans hésiter que le roman présente des situations vraies, sans les enjoliver ni sans les noircir. Il nous fait ainsi découvrir de l’intérieur la vie d’une personne handicapée durant le temps de la rééducation en vue de récupérer ses facultés et notamment son autonomie. Malheureusement l’avenir de chaque blessé n’est pas le même et un certain nombre ne recouvrent jamais leur autonomie.
Au fur et à mesure du récit, nous avons noté que diverses situations, divers thèmes sont abordés. Tout au long de l’histoire, on rencontre de nombreux handicapés et de nombreux soignants. C’est donc toute une galerie de portraits qui est proposée et certains ont ainsi été fascinés par la diversité des situations de handicap, leur spécificité, les voies d’amélioration possibles ou non. Après cette lecture on ne peut plus « voir » le handicap de la même façon. Malgré tout, ainsi que l’ont observé plusieurs lectrices, le texte n’est jamais larmoyant ce qui en fait d’ailleurs sa force.
Nous avons tous noté l’immense frustration de la personne qui a perdu par accident son autonomie et qui dépend alors constamment des autres pour le moindre de ses besoins. Cette frustration est très bien décrite, avec à la fois beaucoup de force et de tact. Cela oblige le lecteur à remettre ses valeurs dans un ordre d’importance inhabituel qui fait vite apparaître nos petites frustrations et exigences comme négligeables au regard de ce qu’affrontent au quotidien ces personnes handicapées. Comme l’écrit Grand Corps Malade : quand on est « patient » il faut être patient.
Parmi les thèmes plus ponctuels nous avons relevé la notion de gâcher sa journée. Pour le handicapé, cette notion n’a plus de sens car en situation de dépendance, il passe son temps à attendre, à espérer. La perception du temps qui passe n’est pas la même. Les points de repère du malade sont les éléments vitaux, les temps vitaux et il attend de retrouver une forme d’autonomie. A ce sujet nous avons trouvé particulièrement émouvante la scène dans laquelle l’auteur reçoit son fauteuil roulant ce qui va lui donner une première forme d’indépendance, relative mais indépendance quand même. Le personnage de Farid s’est quant à lui adapté au handicap et semble parfaitement autonome dans son fauteuil. Malheureusement tous ne sont pas dans cette situation.
Un autre passage extrêmement poignant est celui qui traite du suicide, avec cette citation (p100) « En plus d’être une porte d’entrée dans notre centre (de rééducation – note du rédacteur), le suicide peut également être une porte de sortie ». A elle seule cette phrase met en évidence les souffrances psychiques de la personne handicapée, qui viennent s’ajouter à la douleur physique. Dans un tel contexte, l’entourage a une importance considérable. Sa présence, son soutien constant sont extrêmement importants pour atténuer autant que faire se peut les souffrances psychiques. L’auteur en apporte la démonstration.
Dans cet ordre d’idée, nous avons aussi noté l’attitude des médecins, le plus souvent bienveillants mais qui parfois, au bon moment, vont asséner une vérité qui dérange mais qui permet aussi d’avancer. C’est ainsi que l’annonce de l’impossibilité pour l’auteur de pouvoir un jour continuer à pratiquer le basket et plus généralement le sport de haut niveau a été à la fois un coup violent et un tremplin pour envisager de poursuivre sa vie autrement.
Nous avons noté que le centre de rééducation fréquenté par l’auteur semble ne recevoir que des personnes issues de milieux populaires. Où donc sont soignés ceux venant d’un milieu plus aisé ? Nous nous sommes posé cette question sans y apporter de réponse satisfaisante. Nous avons noté également que la majorité des personnes handicapées étaient des hommes. Il y a peu de femmes dans ce centre.
Il faut aussi parler du personnel soignant. On y trouve des personnalités très différentes avec un trait commun qui est leur professionnalisme. Ils sont (ou peuvent être) à la fois très proches des malades mais toujours très respectueux, notamment de la dignité de la personne. Nous sommes tous d’accord pour connaître et reconnaître cette situation. Nous constatons aussi que la pression actuelle qui s’exerce sur les soignants, le manque de temps et de moyens auxquels ils doivent faire face, ne transparaît pas dans le récit. Des participantes mentionnent la différence avec la médecine chinoise qui prévient davantage qu’elle ne cherche à guérir. En Chine on voit le médecin avant d’être malade, dans le but d’éviter la maladie.
En guise de conclusion, nous avons tous apprécié la très grande bienveillance de l’auteur à l’égard des autres. C’est une belle attitude. A nous de l’adopter …
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