Touriste
Touriste
Compte rendu de la séance livre échange du 4 juillet 2018
Touriste - Julien Blanc-Gras
Les participants ont lu à la fois le livre et la bande dessinée qui en a été tirée. Tout le début de la séance est consacré à ces deux formes de publication. A l’unanimité le graphisme de la BD est apprécié. C’est une belle bande dessinée. Par contre le type de caractères choisi pour le texte n’en rend pas la lecture aisée et tout le monde le regrette. La BD ne reprend pas l’intégralité du texte du livre ; elle en souligne certains chapitres et reste très fidèle au texte écrit. C’est très apprécié. En définitive, la BD s’avère complémentaire du livre et nous conseillons de commencer par lire le livre puis la BD.
Touriste est un livre très facile et agréable à lire, souvent humoristique et en même temps plein de perspicacité sur l’état du monde. Chaque pays n’est pas décrit de façon idyllique ni par ses trésors et curiosités architecturales ou paysagères, mais au travers des habitants que l’auteur rencontre. Il prend le parti de ne parler que des gens qu’il rencontre. C’est donc une vision plutôt réaliste qui est proposée au lecteur. Ainsi par exemple la tension est perceptible dans les chapitres sur la Colombie ou le Brésil.
Le rappel de l’histoire du tourisme a aussi été apprécié. Les participants ont à ce sujet discuté le tourisme macabre (dark tourism) vu au travers du Pablo Escobar tour. Faut-il se prêter à cette sorte de tourisme ? Est-ce la même chose que le « tourisme » des camps de concentration ? La discussion se focalise ensuite sur l’Inde où la plus grande misère côtoie la plus grande richesse, ce qui nous fait nous poser beaucoup de questions.
Ainsi ce roman agréable amène le lecteur à se questionner sur le voyage, sur le choix de la destination, sur ses propres qualités de touriste …
Les participants observent que l’auteur semble friand des oppositions. Ainsi en Augleterre où il loge dans l’enceinte universitaire, lieu de fêtes fréquentes et où il travaille à l’usine de poissons, lieu d’exploitation des ouvriers. Ou encore au Maroc où son guide n’a jamais mis les pieds à Marrakech quand le patron du guide expose sa fortune. Ou encore au Brésil où les touristes visitent les favelas la semaine, puis où les habitants des favelas viennent danser avec les touristes le dimanche (on se demande dans ce chapitre qui est touriste).
Dans toutes ses narrations, l’auteur adopte un regard de journaliste et il reste toujours en dehors des histoires qu’il raconte, comme un observateur plus que comme un acteur. Le chapitre sur Madagascar et notamment l’épisode du sauvetage des pêcheurs après l’ouragan a beaucoup choqué les lecteurs et il faut l’objet d’une discussion assez longue tant l’attitude du scientifique, responsable de l’expédition apparaît blâmable. Au cours de la discussion, l’attitude colonisatrice des chinois en Afrique est également évoquée et dénoncée.
Cependant le roman n’est jamais défaitiste, même quand les choses vont mal.
Par ailleurs nous avons noté l’humour excellent de l’intermède sur les aéroports suisses. L’auteur avait-il un compte à régler ? Nous avons noté également l’excellente description de la complexité du conflit israélo-palestinien qui fait se poser la question : y a-t-il une issue autre que la guerre possible ?
Tous les lecteurs soulignent la beauté et l’émotion qui se dégagent du dernier chapitre (sur le Mozambique). Et revient une citation du livre : on est toujours touriste quelque part.
Julien Blanc-Gras a écrit d’autres livre (dont un sur Kiribati par exemple) mais celui-ci semble le plus abouti.
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