Les sept robes
Compte rendu de la séance de livre échange du 11 décembre 2025
Les sept robes – Tristan Saule
Ce roman est le dernier d’une série intitulée : Les chroniques de la place carrée. Ces romans ont en commun de se dérouler essentiellement sur une place imaginaire entourée d’immeubles plus ou moins décrépis occupés par des personnes humbles et pauvres souvent issues de l’immigration, endroit oublié par les autorités.
Archétype des banlieues de nos grandes villes, elle est le lieu de commerces illicites. Et c’est dans ce contexte que l’histoire des sept robes se déroule.
L’auteur situe le début de son roman au moment des émeutes qui ont suivi la mort de Naël lors d’un contrôle routier. Plusieurs lectrices sont choquées par le terme « assassiné » employé pour qualifier la mort de Naël. D’autres ne sont pas complètement en accord avec cette appréciation.
La situation décrite dans le roman nous paraît ressembler à beaucoup de quartiers des villes de France où le trafic de drogue s’intensifie et devient la principale source économique des habitants. Des lectrices racontent leur vécu dans les banlieues quelques dizaines d’années auparavant, quand les habitants se côtoyaient et se connaissaient encore.
Les échanges prennent ensuite en compte la population immigrée et les enfants de ces personnes venues en France, enfants qui se retrouvent partagés entre deux cultures et souvent rejetés par ces deux cultures. Un passage du récit présente et justifie cette situation. Nous observons que le sujet, la question, est le/la même que dans le roman Petit pays de Gaël Faye.
Nous constatons que l’auteur semble connaître le milieu qu’il décrit ce qui donne de la crédibilité à l’histoire. Ce texte est à classer dans la catégorie des romans sociaux selon nous. Tous les protagonistes sont des enfants d’immigrés qui vivent du commerce de la drogue au niveau local. Ils prennent des risques et se livrent une guerre farouche pour le contrôle de territoires de deal. La drogue est omniprésente dans le récit. A ce sujet le documentaire « Drogue, le poison de l’Europe » est mentionné. Il donne beaucoup d’informations sur ce sujet.
Dans sa construction ce livre comprend plusieurs récits imbriqués les uns dans les autres. Il y a évidemment la drogue et son commerce. Il y a aussi l’histoire personnelle de Lounès qui est évoquée sous forme de flashbacks. C’est une forme narrative très actuel et qui nous a plu. Il y a l’histoire personnelle de Léa depuis son enfance, difficile, jusqu’à son enquête actuelle sur les détournements de marchés publics. Il y a enfin le mariage avec les rites marocains et donc les sept robes qui justifient le titre. Sur ce dernier sujet nous évoquons ce que nous en connaissons et nous nous accordons à dire que les robes portées lors de ces mariages sont vraiment magnifiques. Néanmoins la description de la cérémonie de mariage est dispersée dans le récit ce qui n’en facilite pas le suivi.
Au sujet des personnages, certains lecteurs se posent la question de l’équilibre du couple Léa/Lounès. Dans la présentation qu’il en fait l’auteur ne donne pas à percevoir un équilibre parfait mais plutôt une forme d’accompagnement de circonstance, chacun ayant momentanément intérêt à épouser l’autre. Nous observons que ce sont de grands consommateurs de drogue ce qui nous gêne, même si cela reflète une réalité certaine. Des lectrices mentionnent le film récemment diffusé sur Arte : Elaha, qui raconte l’histoire d’une femme qui doit présenter un certificat de virginité pour un mariage arrangé alors qu’elle a déjà eu des relations sexuelles. Elles soulignent l’intérêt du film pour souligner une forme
d’esclavage des femmes. S’ensuit une discussion sur ce sujet. Chaque culture édicte ses propres conditions pour le mariage. Nous rappelons les conditions en France il y a un siècle qui n’étaient pas si éloignées de ce qui est dénoncé aujourd’hui.
L’histoire personnelle de Léa nous interpelle également. Voilà une femme à l’enfance difficile du fait de maltraitance paternelle, qui fuit la famille dès qu’elle le peut. C’est aussi une personne suffisamment résiliente et opportuniste pour devenir journaliste s’accrochant à son emploi et menant une enquête délicate et risquée. Un personnage un peu ambivalent mais aussi attachant.
Il reste que le thème principal du livre est la vie des dealers et leurs guerres incessantes et mortelles pour le contrôle des territoires, thème tristement d’actualité dans toutes les villes de France. L’auteur sait créer une atmosphère, une ambiance de très grande tension, de violence exacerbée. Ce qui est aussi fascinant qu’inquiétant est la permanence de cette tension. Des lectrices rapportent à ce sujet ce qu’elles ont vécu à la « Grande Muraille » à Clermont-Ferrand et l’évolution de ce quartier vers la violence. Le livre Colère de Denis Marquet est également cité ainsi que Le bateau ivre qui traite lui de la liberté.
Nos échanges évoluent alors vers l’immigration, évidemment chargée de tous les maux. Nous revenons sur les conditions d’immigration et la recherche de travail. Ces conditions ont évolué au cours des années que nous avons vécu, qu’il s’agisse de l’origine des personnes immigrées ou des conditions même d’immigration. Notre discussion rappelle fâcheusement la situation actuelle aux Etats-Unis qui mènent une guerre sans merci aux immigrés tout en ayant besoin de ces mêmes immigrés pour leurs productions et leur économie. Dans la France actuelle il nous semble que quand on parle d’immigration on mélange très souvent les personnes immigrées et leurs enfants (seconde génération) qui sont de nationalité française (nées sur le sol français). Ceci nous amène à évoquer le rejet de l’autre. « L’enfer c’est les autres » a écrit Jean-Paul Sartre. On retrouve ce rejet dans les situations d’esclavage qui se développent. Chacun rappelle des situations vécues. Le film La Vallée de Barbet Schroeder est cité. En guise de conclusion sur ce sujet nous constatons qu’on a peur de ce qu’on ne connaît pas.
Nous nous posons des questions sur la fin du roman. N’est-elle pas un peu osée, un peu exagérée ? Bien entendu nous avons compris que l’intention de l’auteur est de remettre en perspective les raisons des violences et de montrer qu’il n’y a pas que la drogue qui tue, les malversations financières aussi. Nous savons que tout cela existe et que ceux qui en profitent défendent chèrement leurs sources de revenus occultes. Nous concluons que les atrocités et les assassinats sont fonction des montants financiers en jeu.
Nos échanges se portent ensuite sur l’organisation des points de deal et l’organisation sociale. Le roman Shit ! de Jacky Schwartzmann est cité ainsi que le livre et le film La daronne de Hannelore Cayre. Nous mentionnons aussi l’épisode de la guerre de l’opium au 19e siècle qui prouve que la question de la drogue n’est pas récente.
Notre rencontre s’achève sur le titre Les sept robes qui ne nous semble pas refléter vraiment l’histoire.
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