Le rêve du jaguar
Le rêve du jaguar
Une compagne d’exception l’inspirera. Ana Maria se distinguera comme la première femme médecin de la région. Ils donneront naissance à une fille qu’ils baptiseront du nom de leur propre nation : Venezuela. Liée par son prénom autant que par ses origines à l’Amérique du Sud, elle n’a d’yeux que pour Paris. Mais on ne quitte jamais vraiment les siens.
C’est dans le carnet de Cristobal, dernier maillon de la descendance, que les mille histoires de cette étonnante lignée pourront, enfin, s’ancrer.
Dans cette saga vibrante aux personnages inoubliables, Miguel Bonnefoy campe dans un style flamboyant le tableau, inspiré de ses ancêtres, d’une extraordinaire famille dont la destinée s’entrelace à celle du Venezuela.
Compte rendu de la séance de livre échange du 23 avril 2026
Le rêve du jaguar – Miguel Bonnefoy
Ce roman commence comme un conte, un conte placé dans la réalité. En effet, l’action se déroule au Venezuela et l’auteur respecte parfaitement la géographie et l’histoire de ce pays. Cela permet au lecteur d’en apprendre beaucoup sur ce pays, ses richesses, son histoire souvent tourmentée. Des lectrices ajoutent que des légendes locales sont également présentées dans le texte. Ce roman est bien ancré dans la réalité vénézuélienne.
Nous observons également qu’aujourd’hui la lecture de ce livre résonne avec l’actualité sombre de ce début de 21e siècle.
Revenant au conte nous considérons que les deux principaux protagonistes, Antonio et Ana Maria, sont, le premier une sorte de surhomme, la seconde une femme de conviction, première femme médecin du pays. Ainsi les personnages sont en place. Ceci posé, nous constatons que la description du peuple vénézuélien montre que celui-ci ne partage pas les mêmes valeurs que nous, en particulier en ce qui concerne l’argent qui n’apparaît pas comme l’élément le plus important de leur vie, même si dès les premières pages, l’obsession d’Antonio, enfant très pauvre, est de travailler pour survivre. Il y a une part de mysticisme chez les vénézuélien qui les accompagne constamment et semble leur permettre d’accepter les difficultés, la pauvreté …
L’auteur utilise une écriture particulière pour nous emmener dans l’histoire. Le livre abonde de descriptions qui nous apparaissent redondantes, d’expressions dithyrambiques, d’attachements à des valeurs qui nous surprennent et qui sont difficile à comprendre pour nous. Certains lecteurs n’ont pas aimé cette lecture et il leur a fallu faire des efforts pour aller au bout de l’histoire. De la même façon, ils n’avaient pas aimé Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Il n’est pas si simple d’entrer dans la culture sud-américaine. Ainsi les participants sont partagés entre diverses appréciations sur cette œuvre.
Les deux personnages principaux constituent un couple pour lequel l’activité professionnelle est tournée vers les autres, puisqu’ils sont chirurgien et médecin et qu’ils enseignent en même temps. Ils soignent, guérissent et transmettent leur savoir. Leur activité est le moteur de leur existence. Le lecteur observe au fil des pages la lente désagrégation de ce couple dont chaque membre finit par vivre en parallèle de l’autre tout en continuant à l’aimer. Ainsi après la disparition d’Antonio, Ana Maria se laissera-t-elle mourir à son tour. Cette approche de la vie et de la mort n’est pas évidente dans notre culture. Des participantes indiquent une certaine similitude avec La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr. On retrouve le mysticisme dans la partie consacrée à Cristobal où le chamanisme est introduit dans la narration. L’herbe du diable et la petite fumée de Carlos Castaneda est cité.
Nous posons la question du fil conducteur de l’histoire dans ce texte divisé en quatre parties qui peuvent apparaître comme assez différentes – bien que chacune ait un lien avec les autres puisqu’on suit à chaque fois un épisode de la vie d’un membre de la famille (Antonio puis Ana Maria puis leur fille Venezuela en enfin le petit-fils Cristobal). Il est malaisé de trouver le point commun, la ligne conductrice de ce roman, même si l’histoire est basée sur des évènements familiaux ayant existé.
Une lectrice précise qu’elle ne comprend pas ce qu’apporte le passage consacré au beau-frère, personnage qui intervient durant quelques pages puis disparaît. L’une des réponses à ce questionnement est qu’il s’agit d’un roman sud-américain et qu’il correspond aux standards de cette littérature. On y trouve de la magie et beaucoup de va et vient, quelques longueurs aussi. Ce livre rappelle le premier roman de l’auteur Le voyage d’Octavio.
Pour certains cela reste un peu superficiel, d’autres sont sensibles à la poésie du texte. Nous sommes d’accord pour constater que le début donne envie de rentrer dans l’histoire et de la lire. Des participants évoquent Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé.
En revanche nous nous accordons à apprécier la richesse de la langue, la diversité des mots (« on apprend plein de mots nouveaux »), et la richesse des figures de style, tout ce qui confère un côté poétique au roman (qui a reçu plusieurs prix il faut le rappeler).
Le début de la vie d’Antonio fait penser à Edith Piaf. Et il y a un contraste saisissant, un décalage déstabilisant avec la vie d’Ana Maria. Ces vies-là sont-elles concevables dans la mentalité européenne ?
On ne saurait oublier le pingouin en or qui est une histoire dans l’histoire et peut-être ce fil conducteur que nous cherchons. Cette figurine qui est donnée à l’un puis à l’autre, cachée, retrouvée, vendue … représente une valeur sentimentale et émotionnelle importante. Cela rappelle à certains lecteurs Hanna de Paul Loup Sulitzer.
La dernière question de nos échanges porte sur le titre. Pourquoi Le rêve du jaguar ? Le jaguar c’est probablement Antonio, le bâtisseur. Cela a à voir avec la mythologie. Ainsi dans certaines tribus Mayas, Aztèques et Incas le jaguar représente la force, l’intégrité, la structure, la connexion, l’énergie vitale, l’équilibre, la fertilité, la terre-mère et l’ombre souterraine … Excusez du peu !
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