Mamie Luger
Mamie Luger
Compte rendu de la séance de livre échange du 18 juin 2019
Mamie Lüger - Benoît Philippon
« J’ai beaucoup aimé ! »
« Moi aussi »
« Je l’ai avalé en trois jours ! »
« Je ne l’ai pas trouvé aussi bien que ça … »
Les premiers échanges autour du roman de Benoît Philippon donnent le ton. Certains ont adoré le livre quand les autres restent mitigés.
Cette mamie qui tient grâce à la gnôle frelatée qu’elle prépare secrètement selon une recette
ancienne est à la fois attachante et fait rire par ses réparties désopilantes ou cassantes. Sa relation avec l’inspecteur de police, emprunte à la fois de respect et de connivence donne une touche humaine au récit. Ce n’est donc pas le personnage qui déplaît à certains lecteurs mais la répétition de situations similaires qui devient lassante. On finit par connaître la suite inévitable de l’histoire…D’autres, au contraire, ont trouvé cette accumulation de situations (et de cadavres) entraînante.
La biographie de l’auteur nous apprend que son métier de base est scénariste. Cela éclaire la construction du roman qui ressemble à celle d’un film avec ses scènes « fil conducteur » entre la mamie et l’inspecteur et ses scènes intermédiaires en retour sur le passé. On peut facilement imaginer le film qui pourrait être réalisé sur la base de ce roman.
Les participants ont néanmoins une interrogation. Pourquoi avoir choisi cet âge de 102 ans pour l’héroïne ? Aucun d’entre nous n’a d’hypothèse réaliste à émettre sur ce choix.
Ceux qui restent sur une impression mitigée considèrent qu’il y a un peu trop de sexe dans le texte.
Les autres lecteurs n’ont pas été gênés par cela. Ils trouvent même que l’histoire a un côté très féministe si l’on prend en compte le fait que le récit se déroule à une époque où le divorce était très difficile, encore davantage s’il était souhaité par une femme. Par conséquent les meurtres n’apparaissent ici que comme une solution ultime à une situation dans laquelle l’épouse est dégradée, humiliée, sans qu’elle puisse se défendre aisément. Nonobstant le fait que le meurtre n’est jamais une solution à quelque situation que ce soit, il apparaît dans ce texte comme la seule solution en l’absence de toute autre que la société pourrait proposer. Dénoncer cette situation sociale peut alors être considéré comme une position féministe. Il est à noter par ailleurs que ce roman est l’un des rares où l’on ose parler du plaisir et du désir des femmes, ce qui est généralement tabou. Revenant sur les différentes histoires qui composent le roman, nous nous interrogeons sur la nécessité d’épouser chacun de ces hommes. La réponse est historique : à l’époque du récit seule cette option est tolérée par la société … ce qui explique aussi le choix des dénouements tragiques.
On note également dans le récit un basculement entre la situation avant le mariage qui apparaît plutôt enjouée et heureuse et la dégradation des relations (soumission de l’épouse) qui suit immanquablement le mariage. Les moments de souffrance sont d’ailleurs bien décrits et assez réalistes. Ceci amène les participants à évoquer le sujet des femmes battues (sujet hélas toujours d’actualité) et de celles qui, au bout d’interminables années de souffrance finissent par assassiner leur conjoint. On évoque en ce qui les concerne leur responsabilité, ce qu’elles contestent rarement d’ailleurs. Mais on ne parle jamais de la responsabilité sociale de l’entourage qui ne peut pas, au bout de tant d’années, ignorer complètement la situation et qui pourtant n’intervient pas. Notre responsabilité sociale semble donc fortement engagée dans le dénouement de ces cas extrêmes. A ce sujet une participante évoque le livre « La maladroite » d’Alexandre Seurat et invite à le lire.
Le passage avec le GI et l’amour réciproque qui y est décrit est considéré unanimement comme un très beau moment. Celui évoquant l’histoire de la « faiseuse d’anges » est lui très émouvant, là encore caractéristique d’une époque.
En revanche on se demande pourquoi « tuer » l’inspecteur des impôts. Cet épisode n’apparaît pas dans la continuité des autres et peut choquer.
A la fin, les meurtres des trois personnages racistes apparaissent, eux, logiques et quasiment moraux, comme une sorte de justice immanente. Les participants concluent que ce roman traite essentiellement de deux sujets : la situation de la femme, soumise à son mari, et le racisme. Malgré la gravité inhérente à ces deux thèmes, il reste drôle et émouvant. Le dénouement reste inattendu et vient conclure avec une certaine gravité et une certaine tendresse cette histoire.
Avis et commentaires