Le vieux qui lisait des romans d'amour
Le vieux qui lisait des romans d'amour
Compte rendu de la séance Livre échange du 28 mars 2018
Le vieux qui lisait des romans d’amour - Luis Sepulveda
Les participants : Elisabeth, Géraldine, Marie-Thérèse, Arlette, Marie-Noëlle, …, Jean-François s’interrogent sur l’identité du félin qui est l’objet de l’histoire. Ce n’est pas un tigre car cette espèce ne vit pas dans les Amériques ; alors puma, jaguar, panthère ? Même le recours à la version originale en espagnol ne permet pas de trancher. Ainsi avons-nous approché l’œuvre de Luis Sepulveda.
L’image que nous retenons globalement du roman est celle d’un vieux solitaire qui lit dans sa cabane. Lit-il vraiment d’ailleurs ? Cette question récurrente tout au long de nos échanges reste sans réponse, tant l’histoire se situe au moment où une personne illettrée découvre la lecture et apprend à lire seule. Comment fait-elle ? Que comprend-elle réellement ? Nous nous posons gravement et avec insistance cette question. La lecture est au cœur de l’histoire, même si celle-ci parle de beaucoup d’autres choses, et cela va crescendo jusqu’au moment où, au cœur de la forêt amazonienne, les hommes – pourtant illettrés – se passionnent pour le roman (à l’exception du maire qui est un personnage caricatural). La lecture apporte une forme de reconnaissance à Antonio, de la part de ses pairs. La description de la révélation de la lecture et celle de l’apprentissage (au contact d’une institutrice) font l’objet de courtes lectures pendant la séance.
L’écriture de Sepulveda est fluide et le texte plein d’humour : l’activité du dentiste (à qui aucun d’entre nous ne confierait ses dents), le pari, le dentier dans le mouchoir, sont autant de clins d’œil qui donnent le sourire au lecteur. Le style est également parfois poétique, notamment au début quand est décrite l’arrivée du bateau avec son moteur poussif sous un ciel plombé – « Le ciel était une panse d’âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes… » -. L’écriture est jugée belle et imagée. La description du dernier combat avec le félin en constitue une sorte d’apothéose. Certaines lectrices considèrent que les phrases sont longues et donc parfois difficiles à comprendre.
Ce n’est cependant pas un livre dans lequel on entre aussi facilement. Plusieurs d’entre nous ont dû faire un effort pour le lire. Pour d’autre c’est un héros émouvant dans un roman « écolo ». Ecrit en 1992, ce roman a la forme d’un conte. D’ailleurs Luis Sepulveda en a écrit un autre : « Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler » dans lequel un chat apprend à une mouette mazoutée à voler … « Le vieux qui lisait des romans d’amour » est son premier roman, pour lequel il a reçu beaucoup de prix. On peut s’y accrocher dès la première phrase (style) et la fin est marquante. C’est un message sur le savoir, l’expérience, la compétence, et ce savoir (Antonio) est opposé au pouvoir (le maire).
Une autre question qui agite les participants concerne Antonio et son épouse Dolores. S’aiment-ils vraiment ? On n’en a pas la certitude mais seulement des indices. Il faut noter néanmoins que, après son décès, Dolorés manque à Antonio. Tout au long de l’histoire, l’auteur se plaît à régulièrement rappeler l’intégralité de leur nom – Antonio José Bolivar Proano d’un côté et Dolores Encarnacion del Santisimo Sacramento Estupinan Otavalo de l’autre – et cela en gêne certains tandis que d’autres apprécient. Mais pourquoi cette répétition : est-ce une forme d’ironie ou bien au contraire une façon de mettre en valeur ces personnages ?
L’objectif de Luis Sepulveda est de militer pour la sauvegarde de la forêt amazonienne, en ce qu’elle constitue à la fois un milieu unique et fragile. Elle semble hostile à l’être humain et pourtant certains y survivent plutôt bien. Il faut apprendre à y vivre. L’équilibre à respecter pour maintenir cette forêt est le fil conducteur du roman. Antonio, le héros, est le modèle à imiter. Il connaît bien la forêt, il la respecte et il en vit en chassant, tout cela dans le respect de l’équilibre fragile des éléments naturels. Luis Sepulvéda, qui a vécu une année dans une tribu Shuars dans la forêt – les lectrices mettent en avant la beauté du chapitre sur les Shuars ; comment Antonio les quitte ; la notion d’appartenance au groupe …- , connaît bien le sujet qu’il traite avec beaucoup de compétence, d’intelligence et de simplicité. Les participants se posent néanmoins la question de la crédibilité du passage sur la morsure du crotale, morsure à laquelle Antonio survivra. Est-ce un mythe ou la réalité ? Ils notent également la prépondérance des fourmis qui sont partout dans cette forêt et qui dévorent tout ce qu’elles trouvent y compris les êtres humains. Au sein de cette forêt la compétition (entre les espèces et entre les individus) est féroce. Malgré tout il se dégage une grande harmonie de cette nature avec un rôle prépondérant pour l’eau, qui ne peut jamais être maîtrisée.
En définitive, les lectrices conservent un sentiment mitigé de ce roman. Il est agréable et contient de très beaux paragraphes et une morale convaincante mais il souffre de quelques longueurs et d’un fouillis (à l’image de la forêt qu’il décrit ?) dans les paragraphes qui peut en rendre la compréhension malaisée.
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