Femmes puissantes
Compte rendu de la séance de livre échange du 12 mai 2022
Femmes puissantes – Léa Salamé
Voilà un recueil d’entretiens qui pose d’emblée question. Qu’est-ce que la puissance ? Comme avancé par plusieurs interviewées, il ne faut pas confondre femme puissante et femme de pouvoir. Nos échanges sur le sujet nous conduisent à constater que trop souvent nous confondons ces deux notions et assimilons la puissance au pouvoir. C’est un premier écueil à éviter pour bien comprendre ce document. En effet, on a toujours du pouvoir sur quelque chose ce qui ne signifie pas que l’on soit puissant.
Les personnalités entendues par Léa Salamé précisent que la puissance est le pouvoir de faire, la responsabilité. Elle exige une grande force intérieure et conduit à avoir une influence dans la société. Cette définition permet d’approcher le texte sans confusion.
Nous observons que les femmes qui s’expriment dans le document, bien qu’elles soient puissantes, ou peut-être parce qu’elles sont puissantes, doutent très souvent et certaines affirment que le doute est une attitude normale concomitante de la puissance. Ainsi, parce que la puissance permet d’influer la société, elle génère des doutes chez la personne puissante. Il nous semble que c’est là une attitude saine et sage.
Nous relevons par ailleurs que toutes les femmes interviewées par l’autrice connaissent la réussite sociale. Peu d’entre elles sont issues d’un milieu modeste (Béatrice Dalle, Christiane Taubira). Pouvait-il en être autrement ? Peuvent-elles représenter toutes les femmes ? Telles sont les questions que nous nous posons et auxquelles le livre n’apporte pas de réponse. Nous retenons néanmoins que le milieu d’origine et le réseau familial constituent pour toutes une base très importante.
La discussion porte ensuite sur la journaliste Léa Salamé et son comportement, ses questions qui sont parfois trop osées, maladroites ou mal à propos. Tout d’abord, il ne faut pas porte le jugement au travers des émissions de télévision qu’elle présente et qui lui donnent une certaine image. Il s’agit ici d’entretiens menés séparément et qui ont mis en présence uniquement deux personnes à chaque fois. Malgré tout, nous sommes tous d’avis que certaines questions peuvent mettre mal à l’aise. Nous constatons que les réponses des interviewées sont autant de camouflets pour la journaliste qui a le courage et l’honnêteté de les retranscrire.
La discussion enchaîne sur des entretiens en particulier, celui de Chloé Bertolus, la chirurgienne de la face qui a banni toute féminité pour pouvoir s’intégrer dans un monde exclusivement masculin. C’est triste d’en être réduit à se nier pour pouvoir simplement exister. Malgré tout, elle a réussi à s’imposer en tant que femme, ce qui n’est pas rien dans ce milieu.
Le débat s’élargit et il nous semble que la plupart de ces personnalités ont une vie amoureuse compliquée. Est-ce inhérent à la puissance ? Ou simplement un fait du hasard ?
En revanche, toutes mettent en exergue, quel qu’en soit le sens, l’importance du père. Il peut être présent et orienter ou servir de modèle, ou bien absent et orienter par cette absence même. Il est un repère important pour toutes ces femmes alors que peu tiennent un discours équivalent à propos de leur mère.
Si chaque personne apporte des réponses relatives à sa propre vie, sa propre vision du monde et de la société, sa propre perception de la puissance et de sa puissance, toutes expriment une très grande inquiétude devant la régression du droit des femmes dans la société actuelle. Leurs propos sont sans ambiguïté sur ce sujet et le lecteur ressent cette crainte et aussi l’absence de réponse appropriée à ce jour. C’est certainement l’un des points majeurs de ce recueil de confidences et un sujet de vigilance pour nous tous.
Ce sujet nous est, à tous les participants, très cher et la discussion qui s’ensuit est longue et passionnée. Nous dénonçons unanimement l’influence des religions, quelles qu’elles soient, qui toutes énoncent des dogmes visant à asservir la femme sous une forme ou sous une autre. De plus, une modification du comportement des hommes est indispensable. Ils peuvent et doivent participer aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants … etc. Des améliorations qui semblaient constituer autant d’acquis nous paraissent mises à mal notamment dans les jeunes générations qui nous semblent prêtes à tous les excès.
Cela amène à discuter de la place de l’enfant. Ces femmes puissantes ont souvent dû s’éloigner de leurs enfants pour mener à bien leurs activités. Si ceci ne signifie pas qu’elles n’aiment pas leurs enfants, ni même qu’elles délaissent leur éducation, la question de la place de l’enfant dans un univers familial équilibré où chacun prend sa part tout en conduisant ses activités personnelles est posée et notre débat sur ce sujet long et sans conclusion.
Nous sommes par ailleurs surpris que pour certaines (E Badinter par exemple) l’amour des enfants ne soit pas spontané. Cela nous semblait tellement évident. Nous révisons donc nos a priori à ce sujet.
Les méandres de nos échanges nous conduisent à mentionner les positions relatives à la PMA, les problèmes de l’intégration dans la société (et le rôle central de la langue pour cela), la diversité des parcours, la force morale des personnes interviewées et le respect qu’elle inspire, la dignité de la femme et par extension de tout être humain, la notoriété et ses pièges …
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