Les impatientes
Les impatientes
Compte rendu de la séance de livre échange du 15 octobre 2021
Les impatientes – Djaïli Amadou Amal
Patience, ce mot est tellement répété tout au long du roman qu’il en devient insupportable.
D’ailleurs est-ce bien de la patience que l’on exige de ces femmes ? Pour nous c’est plutôt de la résignation tant il n’y a rien à espérer après avoir été « patientes ».
Cette première observation nous amène à discuter de l’autrice et de sa biographie. Djaïli Amadou Amal est très courageuse, qui a beaucoup souffert et qui s’est finalement reconstruite. Aujourd’hui, après avoir été mariée de force, puis avoir échappé à un mari violent, elle apporte son aide aux autres femmes, ce qui force notre admiration.
L’histoire qu’elle nous raconte à travers Les Impatientes est tout a fait actuelle. La situation décrite dans le récit existe aussi dans d’autres endroits du monde, en particulier le mariage forcé. La Chine et le Japon sont cités. L’histoire des religions (et en particulier celle du catholicisme) est riche en placement forcé de jeunes filles et des femmes. En France même, il n’y a pas si longtemps que les femmes - toutes ? Nous n’en sommes pas sûrs - sont libres.
L’histoire d’Helena Rubinstein est rappelée, qui issue d’une famille nombreuse fut mariée contre son gré et ne dut son épanouissement qu’à son intelligence et sa persévérance. Nous évoquons également la situation des femmes en milieu rural en France dans la première moitié du 20e siècle.
Dans la littérature Impasse Verlaine aborde un sujet similaire. Des participantes racontent aussi les mariages forcés de jeunes filles turques afin de faciliter l’immigration d’hommes restés au pays.
En résumé de cette première partie d’échanges, la situation des femmes est souvent peu enviable et les mariages forcés ont existé et continuent d’exister. Pour plusieurs lectrices toutes les filles devraient lire ce livre.
Les conflits entre les femmes elles-mêmes, entretenus par les hommes, contribuent à maintenir le climat violent dans lequel elles vivent. Les femmes reproduisent la violence qu’elles ont subie.
Pourquoi ? Dans le roman, par peur de ne plus avoir de ressources. Cette dépendance des femmes à l’égard des hommes se rencontre dans les sociétés patriarcales qui sont les plus nombreuses dans le monde, même si on connaît quelques populations où les biens physiques sont détenus par les femmes (le cas des Touaregs est cité). La discussion s’oriente alors vers la nécessité sociale d’avoir un (des) garçon(s) dans la plupart des sociétés. C’est vrais dans un certain nombre de sociétés et cela était (est toujours) vrai dans certaines classes sociales de notre pays. Là encore, on retrouve la conséquence de l’organisation patriarcale de la société. Une femme doit d’abord être une bonne épouse et une bonne ménagère. Les participants se souviennent des écoles ménagères d’il y a à peine une cinquantaine d’années, ici en France. Le droit d’ouvrir un compte bancaire à son nom propre n’a été acquis qu’en 1965, faut-il le rappeler ?
Pire encore, dans le roman le pouvoir du mari semble être un pouvoir de vie et de mort sur son (ses) épouse(s). Un participant constate que le mari d’Himdou a un comportement totalement hors religion. Il se drogue et est alcoolique ce qui est totalement proscrit par l’islam. Pour lui la religion n’est qu’un prétexte pour établir le pouvoir des hommes. Le plus consternant est le comportement de la collectivité, parfaitement indifférente, qui laisse cet individu user et abuser de ses pulsions malsaines et violentes. Ceci n’est pas sans rappeler les situations vécues par Jacqueline Sauvage ou Valérie Bacot. Il y a un statu quo social basé sur les affaires et le pouvoir. Dans ce contexte les apparences comptent davantage que les qualités humaines.
Les participantes rappellent que si ces problèmes sont aujourd’hui d’actualité, si on en parle beaucoup, les acquits sont encore très fragiles et il faut rester très vigilantes.
En ce qui concerne l’écriture, tout le monde s’accorde pour constater que c’est un livre facile à lire. Une participante précise que ce texte lui a semblé un peu plat, ne déclenchant pas d’émotion. Pour elle, il manque quelque chose. S’ensuit une discussion entre celles qui considèrent qu’il est important que le style ne transmette pas d’émotion afin de faire mieux ressortir la cruauté des faits et celles que ce manque d’émotion a gênées car elles pensent que cela peut être un signe d’acceptation de la situation. Cependant, ce livre a touché les jeunes puisqu’il a été élu Prix Goncourt des Lycéens. C’est important et cela signifie que le langage employé a impressionné les jeunes lecteurs. Des participantes indiquent qu’il faut faire lire ce roman aux jeunes pour les protéger. Certaines connaissent des jeunes filles qui se sont converties à l’islam et développent des arguments surprenants. Elles s’interrogent : que vont-elles devenir ?
Cela a rappelé Journal d’une accoucheuse de Priyamvada N Purushotham à une lectrice.
Une voie d’amélioration possible semble être l’éducation des filles, des femmes. La civilisation, ma mère ! est cité. Soeur Emmanuelle et son action parmi les populations des bidonvilles d’Egypte est également mentionnée.
Au chapitre des femmes maltraitées, Une femme blessée de Marina Carrère d’Encausse est mentionné. Il s’agit de l’histoire d’une femme qui, au Kurdistan, sera brûlée au visage et défigurée pour avoir parler avec un homme.
En fin de rencontre, les participantes demande au seul homme présent ce qu’il a pensé de cet écrit. Celui-ci leur lit alors les impressions qu’il a noté lors de sa lecture. Il précise combien il a été choqué et bouleversé par le récit.
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