Tout le bleu du ciel
Tout le bleu du ciel
Compte rendu de la séance de livre échange du 8 septembre 2022
Tout le bleu du ciel – Mélissa Da Costa
Est-ce une histoire qui fait pleurer ? Certes la mort de l’enfant est un épisode très triste mais globalement le récit s’apparente davantage à un conte de fées, une histoire pour enfants. En effet, les personnages sont beaux et dramatiques. Ils sont gentils et ont un grand cœur. Le lecteur s’imagine aisément avec eux. C’est un beau roman avec une belle fin. A noter que la mise en page avec insertion d’une page blanche avant l’épilogue a égaré quelques uns d’entre nous qui n’ont donc pas lu cet épilogue. Or la réconciliation familiale finale apporte une conclusion mélodramatique très émouvante.
Est-ce une histoire réaliste ? Sur ce sujet les avis sont partagés. Certains considèrent que ce périple entre deux inconnus dont l’un est gravement atteint de la maladie d’Alzheimer est peu crédible tandis que d’autres s’attachent davantage à la psychologie des personnages qu’ils jugent réaliste. Le roman est sans doute un peu des deux : imaginaire et réaliste à la fois.
Qui est donc l’autrice de cette histoire ? Mélissa Da Costa est une femme jeune qui a fait des études universitaires et a étudié l’aromathérapie. Nous sommes d’avis qu’un auteur plus âgé n’aurait pas pu écrire ce roman tellement il comporte des ingrédients dans l’air du temps (aromathérapie, permaculture, méditation …).
Grâce à son écriture simple et fluide, le récit se lit très facilement. Nous notons de très belles descriptions de paysages, flirtant même avec le merveilleux. On a envie d’aller dans les Pyrénées ... pour voir ...
Certains d’entre nous l’ont trouvé trop long, pour d’autres au contraire il est parfait. Les sauts dans sa construction – quand on passe notamment abruptement de la vie d’Émile à celle de Johanna – ont dérangé quelques lectrices qui ont eu un peu de mal à coordonner les deux histoires imbriquées.
La maladie d’Alzheimer qui sert de prétexte au récit est maladie qui fait peur. Elle semble plus fréquente qu’autrefois. Il faut cependant considérer qu’elle n’est identifiée que depuis un siècle environ et qu’elle touche essentiellement les personnes les plus âgées, par conséquent on peut admettre qu’elle existe depuis très longtemps et que le vieillissement global de la population lui donne une plus grande visibilité qu’autrefois. Il n’en reste pas moins que cette affection est redoutable et que cela est bien mis en évidence dans le roman.
La mort étant à ce jour la seule issue à cette maladie, l’autrice aborde dès les premiers chapitres le sujet très actuel et très délicat du choix de sa mort. Ainsi Émile ne veut pas passer ses derniers jours dans un hôpital mais à l’air libre. Tout son entourage s’y oppose. Peut-on choisir les conditions de sa fin ? L’autrice semble nous dire oui, à travers l’histoire qu’elle nous raconte. Et nous ? Quelles sont nos convictions ? Pourquoi politiquement ce sujet fait-il autant débat sans qu’une décision humaniste soit jamais prise ?
Un second récit est imbriqué dans le principal, celui de l’histoire de Johanna et de son fils autiste. Ce qui frappe dans ce second thème c’est la laideur de la famille André dont le comportement est simplement horrible, caricaturalement horrible. Il nous faut reconnaître que ce sont des comportements qui existent aussi dans la vraie vie malheureusement. Le comble de la cruauté est atteint quand Johanna est privée du deuil de son fils.
Au travers de la description de cette mort et du deuil qui s’ensuit, il nous semble que Mélissa Da Costa veut nous montrer l’importance du temps pour accepter le décès de l’être aimé, l’importance du temps pour « faire son deuil ». Son roman, aussi bien avec Émile qu’avec Johanna, joue avec le temps.
En conclusion, nous avons bien aimé cette lecture qui à la fois nous fait voyager et réfléchir.
Nous observons que l’autrice a depuis ce premier livre écrit plusieurs autres romans qui sont très demandés.
Avis et commentaires