Salut à toi ô mon frère
Salut à toi ô mon frère
Compte rendu de la séance de livre échange du 2 septembre 2021
Salut à toi, ô mon frère – Marin Ledun
Il nous semble d’abord que ce livre décrit plutôt bien la réalité d’une famille nombreuse, avec toutes les exagérations propres au roman lui-même. L’histoire, l’écriture, sont très rythmées ce qui fait qu’on entre tout de suite dans le récit et qu’on « dévore » le livre. Certaines lectrices estiment qu’on perçoit l’auteur masculin à travers les réactions de Rose qui paraissent plus masculines que féminines. D’autres sont en désaccord total avec cette impression.
Une discussion s’ensuit au cours de laquelle il ressort que la vulgarité de certains propos peut laisser à penser à des réactions plus masculines que féminines, mais ne s’agit-il pas davantage d’une différence de génération que d’une différence de genre ?
En revanche nous nous accordons tous au sujet des innombrables citations littéraires,
cinématographiques et musicales que l’auteur à fréquemment insérées qui ont un rapport avec le personnage, ses pensées du moment, son état d’esprit mais dont la signification précise nous échappe souvent faute d’avoir une culture littéraire, cinématographique et musicale suffisante. Il s’agit là de façon évidente d’une double question de culture et de génération. Certains regrettent de ne pas avoir davantage profité de ces passages ; d’autres en ont été gênés dans leur lecture.
Par ailleurs, le texte comprend de nombreux néologisme souvent faciles à comprendre. Dans leur construction et leur utilisation, il nous semble que le style de Marin Ledun se rapproche de celui de Frédéric Dard (San Antonio).
En termes d’écriture, nous observons également que Rose (la narratrice) est très cultivée et qu’il y a un fort décalage entre cette culture, cette instruction et le langage et les actes du personnage. C’est là aussi un élément important de la construction du roman.
Nous constatons également que ce n’est pas un roman policier classique : pas de cadavre, enquête de police négligeable, fil conducteur non basé sur l’identification d’un coupable. Margot, qui est une spécialiste, intervient alors pour nous expliquer que la série noire regroupe des textes qui décryptent le mal être de la société. Ce sont souvent des romans plus sociologiques que des polars. Dans ses autres publications, et notamment par exemple Leur âme au diable, Les visages écrasés *…etc. Marin Ledun mène une description et une analyse féroce des phénomènes violents de notre société. C’est en cela que ses livres appartiennent à la série noire. Celui que nous avons lu a la double particularité d’être excessif dans sa façon de raconter, de mener l’intrigue, et d’être très humoristique. Ici l’auteur propose une vision sombre et complexe de la société. Il envoie le message mais sans aller au fond. Il se limite à la peinture d’une petite ville de province bien-pensante et finalement tout à fait raciste, un racisme ordinaire somme toute.Tout le monde apprécie ces explications claires qui nous permettent de mieux situer l’œuvre et l’auteur.
Dans Leur âme au diable c’est l’industrie du tabac qui fait l’objet d’une critique acide et dans Les visages écrasés ce sont les conditions de travail dans les centres d’appel qui sont visées.
Ainsi renseignés nous reprenons notre discussion sur le roman. Le personnage de la mère nous interpelle dans ce qu’il a d’excessif. Est-ce pour amener le lecteur à s’interroger sur notre société, ses a priori, sa bienséance apparente qui cache un racisme latent prompt à se manifester quand les circonstances le permettent ? Dans ce contexte, la mère symbolise l’excès inverse. Tous ces messages, s’ils sont l’intention de l’auteur, ne sont pas explicites ; ils apparaissent en creux. A la fin de l’histoire, ce sont les personnages déjantés qui sont les plus normaux.
L’histoire a une suite dans le roman intitulé La vie en Rose. Nous discutons alors longtemps sur la venue à la médiathèque de l’auteur Marin Ledun le 21 octobre prochain à 18h30. Il vient surtout pour parler de son dernier ouvrage Leur âme au diable mais on devrait pouvoir lui poser une ou deux questions sur celui que nous venons de lire. Celui-ci est d’ailleurs un livre de détente comparé à l’autre. Marin (prénom qui nous a surpris car peu fréquent) Ledun est donc un auteur aux multiples talents.
Revenant à l’histoire nous nous étonnons du passage sur la colique néphrétique. Que vient faire cette longue incise et surtout qu’apporte-t-elle à l’histoire, si ce n’est des moments de grande drôlerie. Le titre musical mentionné à ce moment est celui d’une chanson des Béruriers noirs.
En résumé ce livre simple nous a globalement amusés, parfois agacés. Il est plaisant et facile à lire et comprend des situations non crédibles. C’est une bonne évasion après Betty.
Avis et commentaires