Madeleine Pauliac
Madeleine Pauliac
Compte rendu de la séance de livre échange du 26 janvier 2023
Madeleine Pauliac, l’insoumise – Philippe Maynial
Notre discussion se focalise d’abord sur le style littéraire. En effet, il ne s’agit pas d’un roman, plutôt d’une biographie, un document qui aurait la forme d’une thèse sans en être une, en tout cas un récit construit à partir d’une très importante recherche documentaire et d’audition des témoins survivants. Nous sommes unanimes à apprécier ce souci de transcription de la réalité de l’époque.Deux films ont été tirés de l’histoire de cette femme : Les Innocentes et Les Filles de l’Escadron Bleu.
Les femmes engagées dans cet escadron sont très jeunes et elles font tout, aussi bien soigner et sauver des blessés que réparer les véhicules, les conduire, … etc. Elles ont réussi à ramener ainsi en France plusieurs milliers de soldats blessés et de prisonniers. Ces actes nous laissent absolument admiratifs.
Pendant ce temps, les soldats nazis lors de leur retraite précipitée devant l’armée russe et les soldats de l’armée rouge en conquête violent et tuent indifféremment. Cet aspect de la fin de la guerre – qui ne figure généralement pas dans les livres d’Histoire – que nous découvrons au travers de ce récit est particulièrement abject. Ces femmes et plus particulièrement Madeleine Pauliac vont aussi sauver des enfants nés du viol de nonnes polonaises par les soldats russes. Elles réussiront à en transférer quelques dizaines en France. Cet aspect de leur action – qui n’est pas le principal objet du livre – génère une discussion animée au cours de laquelle nous rappelons que les enfants nés de père français et de mère allemande ont été aussi « récupérés » par la France à la fin de la guerre. Cette situation rappelle la situation actuelle en Syrie où chaque pays rapatrie au compte goutte des enfants issus de la guerre. Ainsi chaque guerre semble engendrer des enfants que les peuples se disputent ou rejettent. Cela nous interroge.
Nos échanges se poursuivent sur l’embrigadement des personnes par les djihadistes. Là encore une situation qui n’est pas nouvelle puisque déjà connue au cour de l’Histoire (qui paraît donc atteinte de bégaiement).
Un passage a particulièrement ému les lecteurs et lectrices : celui qui décrit la découverte les camps de concentration. Ce passage que nous trouvons particulièrement bien écrit est très émouvant. Il est à rapprocher d’un moment identique dans Frères d’armes quand les premiers soldats américains découvrent à leur tour un camp de concentration.
Les échanges s’articulent ensuite autour des évènements de la fin de la guerre. Comment les prisonniers français qui étaient retenus en Allemagne et en Pologne sont-ils revenus ? Le document de Raymond Redon, un prisonnier de guerre auvergnat qui a décrit cet épisode, est cité. Mais les témoignages sont très peu nombreux et les soldats qui sont revenus ont très peu raconté à leurs proches ces moments. Le document que nous venons de lire nous apprend toutes les difficultés rencontrées par ces gens dans des pays à la fois en ruine, sans moyens de transport et encore en guerre. S’ensuit une longue discussion sur la difficulté à savoir ce qui s’est passé pendant la guerre. On peut imaginer ce temps-là mais, encore une fois, les manuels d’Histoire mentionnent cet épisode en quelques phrases, comme s’il était préférable de ne pas savoir.
Nos échanges reviennent alors sur le style employé. Certaines lectrices considèrent que l’auteur en fait trop, est trop répétitivement élogieux, trop dithyrambique. D’autres n’ont pas cette appréciation. Il reste le titre qu’un lecteur juge incongru. En quoi Madeleine Pauliac est-elle insoumise ? Finalement il semblerait que ce soit son départ en Pologne en janvier 1946 alors que tous lui conseillaient de rester qui justifie ce titre. Des lectrices s’interrogent sur l’accident qui a coûté la vie à l’héroïne. Alors qu’elle gênait l’ordre établi, a-t-elle bien été victime d’un accident ? L’Histoire est muette à ce sujet.
La fin de la rencontre est consacrée à la situation internationale de l’époque. La guerre n’est pas encore terminée et déjà les accords de Yalta s’appliquent. Les russes sont en terrain conquis. Leur objectif est d’exterminer les allemands et de mettre la Pologne en coupe réglée. De leur côté les Alliés adoptent une attitude extrêmement timorée dans cette partie de l’Europe, laissant les russes perpétrer des crimes, tandis qu’eux s’occupent activement de dominer les pays de l’Ouest. Le document est révélateur du cynisme des nations et des décideurs politiques de l’époque. Malheureusement nous observons que notre époque dite moderne présente une similitude troublante avec ce que le livre raconte. Le cynisme semble rester le maître, au mépris des peuples.
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