Le secret du mari
Le secret du mari
Compte rendu de la sèance de «Livre échange» du 22 novembre 2017
Le secret du mari - Liane Moriarty
Cécilia est l’épouse de John-Paul et est mère de trois enfants. Quand elle découvre, au grenier, une lettre qui lui destinée mais à n’ouvrir qu’après le décès de son mari, elle s’interroge et tergiverse beaucoup : ouvre-t-elle ou n’ouvre-t-elle pas cette lettre ? Finalement, elle l’ouvrira et son contenu lui révèlera que son mari a autrefois assassiné une jeune fille. La discussion porte d’abord sur l’acte de Cécilia. Elle n’aurait pas dû ouvrir la lettre. Elle commet une faute mais c’est humain de vouloir savoir. Les conséquences de cet acte sont énormes pour elle et sa famille. Quelle responsabilité ? Mais que dire alors de la responsabilité de son mari qui a caché pendant des dizaines d’années son crime. Le personnage de John-Paul est antipathique. Sa lacheté est soulignée. Les lecteurs soulignent également la responsabilité et la faute de la mère de John-Paul dont on apprend au fil du texte qu’elle savait la responsabilité de son fils dans le crime mais qui s’est tue pour le protéger. Le roman dépeint ainsi une situation dans laquelle les personnages ont des responsabilités écrasantes auxquelles ils font face de façons diverses et même immorales.
Rachel, la maman de la jeune fille assassinée par John-Paul, et son fils ne sont pas parvenus au long de toutes ces années à faire leur deuil de la disparition de leur fille/sœur. La description du processus de deuil est très bien décrite dans le roman et l’on perçoit toute la tension qui existe dans les relations entre ses membres. On comprend également que Rachel désire venger sa fille, même si elle ne sait pas comment et, à défaut de connaître le coupable, elle en crée un parmi les personnes qu’elle trouve antipathiques dans son entourage. Les lecteurs comprennent l’émotion de ces personnages. Heureusement le dénouement sera heureux pour eux.
Le roman contient une troisième série d’acteurs : Tess, son mari et Felicity. Les lecteurs soulignent l’aspect fusionnel des relations entre Tess et Felicity. Ils s’interrogent toutefois sur le rôle de ces personnages dans le roman, car, s’ils font partie de l’entourage des familles de Cécilia et Rachel, ils ne se trouvent pas directement impliqués dans l’action principale.
Il n’en demeure pas moins que le texte décrit des femmes attachantes bien qu’il comporte de nombreux clichés, la comparaison avec la série « Desperate housewives » s’impose d’ailleurs pour de nombreux lecteurs. Il est facile à lire. Cependant, construit sur le modèle des séries américaines c’est-à-dire par juxtaposition de tableaux successifs qui finissent par donner une vision complète du sujet du roman, il ne permet pas d’entrer rapidement dans l’action et tous les lecteurs soulignent combien les premiers chapitres sont lents et peuvent décourager. Il faut attendre le chapitre 4 pour commencer à entrevoir les relations entre les personnages. Cette lenteur n’est pas appréciée.
On peut voir aussi dans ce roman, le thème du pardon et de la vengeance.
Ainsi par exemple quand Rachel apprend la vérité, quand elle connaît le nom du coupable, elle reste sans réaction agressive, comme si cette vérité suffisait à fermer l'affaire. Elle sait, elle peut faire son deuil et passer à autre chose. A-t-elle pardonné ? Cela reste un non-dit dans le roman et chaque lecteur peut imaginer ce qui lui convient. L'image de cette absence de volonté de vengeance au moment où elle apprend la vérité, comme si celle-ci suffisait à remplir le vide de l'absence, est très forte.
Très intéressante également est la personne de Cecilia. Son monde, celui dans lequel elle vit, celui qu'elle aime, s'écroule. Son mari est un assassin ! Le texte pose bien les éléments du pardon. C'est son mari et elle l'aime. Dans le mÍme temps, il a tué et il le lui a caché. Peut-elle continuer à lui faire complètement confiance? Elle doit protéger ses enfants. De quoi précisément doit-elle les protéger ? Et si elle se tait, elle devient aux yeux de la société, complice d'un meurtrier. Mais si elle parle, elle perd tout. Le dilemme est cruel. Elle n'a rien fait de répréhensible mais elle se trouve atteinte par contrecoup. Situation très dure et qui correspond bien à une réalité que nous oublions souvent : nous ne sommes libres que dans la mesure où notre liberté n'entrave pas celle des autres. Autrement dit, nos actes n'ont pas de conséquences que pour nous-même, ils en ont aussi pour les autres, pour nos proches, et nous ne devrions pas les ignorer. Il y a là un vaste champ de réflexion.
Enfin le personnage de Tess confrontée à une rupture brutale avec son mari et qui ne pardonne pas. Et même mieux, elle se venge avant même de connaître toute la vérité. Elle veut punir son mari et au final ne se punit-elle pas un peu elle-même ? mais alors de quoi se punit-elle exactement ? de n'avoir rien vu ? Sa réaction est telle que de victime elle devient coupable et son mari victime. Ce personnage semble nous dire que la vengeance n'est pas une solution adaptée. Elle est pourtant très humaine comme réaction à une agression.
Ces trois personnages sont confrontés au pardon. Ils y réagissent différemment. Le roman ne nous propose pas de solution. Il expose des attitudes. Il semble nous dire que la vengeance est une mauvaise voie. Mais alors que faire ? A chacun d'entre nous de se faire une opinion.
Liane Moriarty propose une solution que l'on pourrait qualifier de voie divine. En effet, l'accident qui survient et qui prive la fille de John Paul de son bras intervient un peu comme un jugement de Salomon : tu as tué, tu seras puni et ton enfant sera handicapée à vie. Pour la plupart des lecteurs cette conclusion apparaît un peu gênante. Elle reste cependant dans le droit fil du livre qui est imprégné par la religion.
Liane Moriarty est une auteure australienne et son roman se déroule en Australie, bien entendu. S’il n’est pas fondamentalement différent du nôtre, le mode de vie là-bas l’est suffisamment pour que plusieurs lecteurs aient du mal à accrocher aux personnages. Il est assez difficile pour nous de se retrouver dans le contexte de la vie quotidienne australienne qui sert de toile de fond au roman.
Liane Moriarty a écrit plusieurs autres romans parmi lesquels «Petits secrets, grands mensonges» qui a été adapté au cinéma.
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